Retour sur l’itinéraire discret, mais mouvementé, de ce témoin précieux du patrimoine religieux tabernacien.
Au fil des siècles et des transformations, le mobilier de l’église Notre-Dame-de-l’Assomption de Taverny a souvent été déplacé, réorganisé, ou même transféré vers d’autres édifices religieux. C’est le cas de l’autel de la chapelle de la Vierge, que vous ne verrez plus désormais dans l’église… mais rassurez-vous, il n’a pas quitté Taverny !
Une création sur-mesure
L’histoire de cet autel commence véritablement en 1956. À cette époque, l’abbé Jean de Bonnemaison, alors curé de la paroisse, décide de réhabiliter l’abside nord de l’église, traditionnellement consacrée à la Vierge Marie. La magnifique statue médiévale en bois sculpté, datant du gothique, est solennellement installée sur une colonne tronquée au centre même de l’abside. Pour parfaire cette mise en scène, on projette d’installer devant elle un nouvel autel, conçu “dans le style moyenâgeux de tout l’édifice”.
Il faut dire que l’ancien autel de la chapelle de la Vierge détonnait alors singulièrement dans le décor. Mal assorti au reste du mobilier liturgique, il disparaissait même sous une abondante décoration florale, qui en masquait les défauts. Cette rénovation s’imposait donc comme une évidence.
La pierre de Saint-Maximin, choix d’excellence
Pour mener à bien ce projet d’envergure, le curé fait appel à Gustave Dermigny, sculpteur et artisan local de renom. Ce dernier opte pour la pierre de Saint-Maximin, un calcaire d’exception extrait des carrières de l’Oise, réputé depuis des siècles pour sa finesse, sa résistance et sa belle teinte claire. On la retrouve d’ailleurs dans les monuments les plus prestigieux de France : les ors du Louvre, les façades du château de Versailles, les voûtes de l’Hôtel des Invalides. Selon les filons et les carrières, elle porte parfois les noms de pierre de Saint-Leu-d’Esserent ou de Saint-Vaast-lès-Mello.
L’autel qui en résulte se distingue par sa forme simple et élégante, sublimée par six médaillons finement sculptés. Chacun symbolise un attribut traditionnel de la Vierge Marie, tiré des litanies de Lorette - cette prière mariale du XVIᵉ siècle qui célèbre poétiquement les vertus de Marie : le lys de pureté, la rose mystique, le trône de la Sagesse, l’Arche d’Alliance, l’étoile du matin, et l’ancre d’Espérance. Ces motifs délicats insufflent à l’ensemble une ferveur spirituelle et une indéniable élégance artistique.
Installation en 1957… et premiers déménagements
Après plusieurs mois de travail, l’autel est inauguré en 1957 et installé au centre de l’abside nord, où il trouve parfaitement sa place aux côtés de la statue mariale.
Mais l’histoire de ce bel objet liturgique ne s’arrête pas là.
En 1993, la Ville impulse la restauration d’un tabernacle en bois peint du XVIIᵉ siècle, jusque-là relégué dans l’ombre derrière le retable principal. Une fois rénové, cet imposant chef-d’œuvre baroque devient naturellement la pièce maîtresse de la chapelle de la Vierge. L’autel et la statue doivent alors s’effacer : la Vierge médiévale est déplacée sur le côté de l’abside, juchée en hauteur contre une colonne, tandis que l’autel est consigné contre le mur du transept nord. Oublié dans ce recoin, il perd toute fonction liturgique et toute mise en valeur.
Une nouvelle vie au cœur de Notre-Dame-des-Champs
C’est en 2010 que le père François-Xavier Zeller, curé du groupement paroissial Taverny–Bessancourt–Beauchamp, décide de redonner un souffle à cet autel inutilisé. La chapelle Notre-Dame-des-Champs, située rue d’Herblay, se trouve justement dépourvue d’un véritable autel digne de ce nom.
L’ancien autel en bois, hérité de l’ancienne chapelle de l’école Sainte-Marie, appartient au diocèse et ne répond plus aux besoins du lieu. Aussi, quoi de plus logique, aux yeux du curé, que d’affecter à cette chapelle un autel dédié à la Vierge, inutilisé à deux pas de là ? Une demande officielle est adressée en mars 2010 à la Municipalité qui donne son accord. L’autel est alors déplacé et installé dans la chapelle Notre-Dame-des-Champs, où il trône encore aujourd’hui.
Fidèle témoin du patrimoine religieux, il invite désormais les habitants à découvrir ce joyau local, bien moins célèbre que l’orgue ou le clocher de Notre-Dame de Taverny, mais infiniment précieux par son histoire et sa symbolique.
Article rédigé avec l'aide précieuse de l'Association culturelle Notre-Dame (https://acndt.wordpress.com/)